11.01.2011
Euro, la machine infernale...
Par Coclès La Droite strasbourgeoise (cliquez ici) Il y a ceux qui nous promettaient hier la prospérité grâce à la naissance de l'euro : forte croissance, compétitivité accrue, baisse du chômage et amélioration du niveau de vie. Ils avaient trouvé l'arme absolue pour affronter la mondialisation. Mais il faut bien se rendre à l'évidence. En dix ans de monnaie unique la zone euro a enregistré la plus faible croissance du monde, nous avons perdu une large partie de notre compétitivité et notre niveau de vie ne s'est maintenu qu'au prix d'emprunts massifs auprès des marchés qui ont acquis un véritable pouvoir discrétionnaire sur notre avenir. Le bilan est sans appel. Le total de la dette française c'est 100 000 euros par famille et un avenir politique suspendu au chantage des agences de rating. Et l'on continue d'abonder dans les délices de la facilité puisque Mme Lagarde prévoit en 2011 d'emprunter officiellement 190 milliards supplémentaires ! Autant dire qu'on s'enfonce de jour en jour. - Sur la monnaie unique, d'abord, il déclarait : "Ne croyez pas, mes chers compatriotes ceux qui proposent que nous sortions de l'euro. L'isolement de la France serait une folie. La fin de l'euro serait la fin de l'Europe". L'euro est ainsi devenu l'horizon indépassable de la construction européenne. La différence entre l'Irlande plombée par son appartenance à la zone euro et l'Islande qui n'en fait pas partie, semble infirmer le catastrophisme présidentiel (Polémia - Islande qui rit, Irlande qui pleure ). - Sur le protectionnisme, le président qui se targue de défendre une Europe qui protège assurait : "j'ai toujours milité pour la préférence communautaire, et je me suis toujours battu pour la protection de notre industrie". Pieux mensonge. Cela fait belle lurette que dans le cadre européen, la préférence communautaire est renvoyée aux oubliettes d'un archaïsme dont l'Europe ne veut plus entendre parler. Tous les commissaires sont contre. Et même si Éric Besson, ministre de l'industrie, déclare dans Le Monde du 6 janvier : "L'Europe doit introduire le protectionnisme industriel..." ce sont les gouvernements UMP (et PS) qui depuis 20 ans ont verrouillé la question en signant de multiples accords instaurant le libre-échange le plus débridé, le dernier en date étant l'emblématique traité de Lisbonne. Résultat : depuis 25 ans la France, victime de dumping social, est la proie d'une désindustrialisation galopante (Tout sur la Chine: Emmanuel Todd : « Je serais très étonné que l'euro survive à 2011 ») - Enfin, sur la sécurité, M. Sarkozy dit vouloir protéger les Français "de la violence chaque jour plus brutale de la part de délinquants multi-réitérants en ouvrant nos tribunaux correctionnels aux jurés populaires. Ainsi c'est le peuple qui pourra donner son avis sur la sévérité de la réponse à apporter à des comportements qui provoquent l'exaspération du pays". Hélas, on aimerait bien le croire mais avec une politique d'entrée laxiste sur le territoire, 18000 gendarmes et policiers de moins, et une explosion continuelle des violences aux personnes, il est bien difficile d'accorder du crédit à ce qui apparaît une nouvelle fois comme une promesse en l'air. D'autant que le coût d'une éventuelle réforme de la justice correctionnelle obligera les velléités présidentielles à en rabattre. Il suffit de songer qu'il y a chaque année 600 000 procès de cet ordre en France. Par temps d'économies budgétaires est-ce bien sérieux ? Le véritable "populisme" ne consiste pas à proposer des mesures démagogiques, mais à réduire le fossé qui sépare le peuple de ses représentants. Reste l'exaspération du pays. Elle risque bien de s'aggraver !
Face à l'Allemagne qui apparaît comme la seule gagnante dans cette histoire, certains comme l'économiste Jacques Sapir (lié au Front de Gauche) proposent tout simplement de sortir de l'euro. Si possible en organisant notre retrait et en harmonisant notre position avec celles de nos partenaires européens (Marianne, janvier 2011). Autre solution, celle, hardie, proposée par Jean-Pierre Chevènement dans son dernier livre ("La France est -elle finie ?" Fayard) qui à partir d'une méditation sur notre destin collectif montre en quoi notre ralliement unanime à l'Europe de Bruxelles a signifié notre livraison à l'idéologie néo-libérale et à l'ubris qu'elle suppose, nous livrant sans défense au brigandage spéculatif. L'ancien ministre ne propose pas tant de sortir de l'euro que d'investir la cabine de pilotage et de lui donner une toute autre signification, protectrice celle-là. Il y a également les propositions de Roland Hureaux (L’aveuglement européen | Valeurs Actuelles ) analyste modéré de la réalité centralisée et non démocratique de la bureaucratie européenne qui s'apparente de plus en plus à une oppression et réduit le pouvoir politique à n'être qu'une instance d'acquiescement.
Quoi qu'il en soit l'euro, inauguralement mal conçu, ressemble de plus en plus à une cage de fer dont on pourra sortir, non en pratiquant l'acharnement thérapeutique qui consiste à mettre les Européens en compétition les uns contre les autres, mais en se décidant à réguler notre commerce extérieur. Mais pour cela, il faudrait se résoudre à fermer certaines vannes et actionner les leviers monétaires d'un protectionnisme économique à l'échelle continentale. Rivé au dogme libre-échangiste de ses élites, l'Union européenne n'en prend malheureusement pas le chemin.
Les oligarques européens se comportent majoritairnement en véritables forcenés qui, retranchés dans leur Fort Chabrol bruxellois, tirent à vue sur la moindre proposition alternative, en la présentant comme tout simplement suicidaire. Autant vous dire qu'ils ne se privent donc pas de nous prédire l'apocalypse au cas où un Etat membre déciderait de faire cavalier seul. À entendre ces prophètes de malheur qui égrènent un chapelet de catastrophes épouvantables si nous revenions au franc, on se demande comment la France a pu survivre avant l'euro. À les écouter déclamer leurs mantras, des pays comme la Suède, la Norvège ou la Suisse qui ont conservé leur devise nationale devraient aujourd'hui se retrouver au rang du Zimbabwe. La plupart des éditorialistes et des experts, conditionnés par le système bancaire et spéculatif qui les nourrit grassement, devisent pour nous dire que sans l'euro la crise serait pire. Cet argument cataclysmique est tout aussi imparable qu'il est invérifiable. Et, à défaut d'être convaincant, il a le grand avantage de clore tout débat.
Cela dit, la méthode Coué n'a jamais fait une politique et ce que défendent ces gens-là, c'est d'abord l'intérêt d'une toute petite catégorie de nos compatriotes qui ont effectivement profité de la mondialisation dont l'euro a été l'instrument. Toutefois, les marchés qui ont acquis leur autonomie continueront à n'en faire qu'à leur tête, quelles que soient les incantations des europhiles. Faut-il attendre qu'un maillon faible de la zone euro annonce qu'il est incapable de rembourser ses dettes ? Nos banques y laisseront une partie de leurs créances qui, bien entendu, sera alors prise en charge par les finances publiques, selon une habitude bien ancrée. Alors la sortie de l'euro pourrait bien se faire en catastrophe sans que l'on nous demande notre avis.
Si le charismatique Hervé Morin, qui nous présentait ses voeux en direct de sa cuisine devant un batterie de casseroles où mijotait sa tambouille politicienne, n'a guère fait allusion aux problèmes de l'euro, le président de la République, lui, y a consacré une grande partie de son allocution en se fendant d'une inhabituelle mise en garde contre les "irresponsables" qui prônent la sortie de l'euro. Indice, sans doute, de la panique qui saisit le Fouquet's, il répondait ainsi, comme l'a noté un article du Monde du 3 décembre, de manière subliminale aux idées avancées par Marine Le Pen. Mais qu'a donc dit le président en rétorquant point par point aux propositions de la future présidente du Front National sur l'euro, le protectionnisme, et la sécurité ?
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